Archives de Catégorie: Humeur

Suggestion lecture: Comme convenu

©Laurel source: <a href="http://bloglaurel.com/">bloglaurel.com/</a>

© Laurel source: bloglaurel.com

Je serai tout à fait subjective dans cette note, je vous préviens. Quand je vois un travail de qualité et original, je pense que ça vaut la peine d’en parler. J’avoue que celui-là, il m’intéresse particulièrement.

Que vous vous intéressiez ou non aux jeux vidéos, vous avez de grandes chances de tomber sous le charme de Comme convenu. C’est une histoire en BD fascinante et palpitante à propos d’une start-up de jeux vidéos en Californie. On y suit Laurel, une dessinatrice française, qui part aux États-Unis pour vivre l’aventure de la création d’une boîte de jeux pour mobiles. Les choses sont beaucoup plus difficiles que prévu, surtout en raison de co-fondateurs plutôt invivables.

Très inspiré de sa véritable expérience, Laurel présente Comme convenu  comme étant une histoire en grande partie fictive. Ceux qui suivent le blog de la dessinatrice savent que certains événements sont réels, car elle en a parlé. Cependant, le reste est mystérieux. La limite entre le vrai et le fictif est indécelable et si vous êtes comme moi, vous allez sincèrement espérer que certains événements soient inventés. Parfois, les choses tournent en effet très mal. Cette incertitude importe peu toutefois, car elle ne gâche en rien l’histoire. Dans ce récit rempli de rebondissements, il y a des personnages qu’on aime, d’autres qu’on déteste profondément et on a seulement hâte de voir comment le tout va évoluer. La BD est en effet toujours en publication à raison d’une page par jour de semaine sur le blog de Laurel. Tous les liens sont à la fin de cette note.

J’ai toujours apprécié le dessin de Laurel, dont je suis le travail depuis 2004. Il est simple et très éloquent. Elle est de ces dessinateurs qui réussi à faire parler le moindre petit détail. Or, au delà du dessin, Comme convenu est un récit riche qui explore de nombreuses facettes de l’histoire de base. On ne parle pas toujours de jeux vidéos et de dessin, mais aussi de vie de famille, d’adaptation à un nouveau milieu ainsi que des joies et des peines du quotidien. Aussi, elle est une histoire dans l’air du temps. Ils sont nombreux les jeunes et moins jeunes qui rêvent de fonder leur start-up de jeux vidéos. Cette BD montre qu’il faut faire attention avec qui on s’associe et qu’il y a des risques à se lancer dans une telle aventure. On peut tomber sur des manipulateurs et des personnes toxiques qui gâchent une belle expérience. Je n’en dirai pas plus, car c’est une histoire qui mérite vraiment d’être découverte page par page.

Pourquoi parler de Comme convenu maintenant? L’auteure a comme projet de publier une première partie de l’histoire en livre papier et elle a décidé d’utiliser la méthode du sociofinancement pour y parvenir. L’objectif a déjà été atteint sur Ulule, mais rien ne vous empêche d’aller l’encourager à votre tour si vous aimez son travail. Personnellement, je pense que c’est clair, j’aime beaucoup. J’espère que vous aimerez vous aussi!

Le blog de Laurel: bloglaurel.com/

Pour lire Comme convenu dès le début: http://bloglaurel.com/studio

Sa page Ulule pour participer au sociofinancement du livre: http://fr.ulule.com/comme-convenu/

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Mon 30 septembre 2015

Hier, je suis allée à la marche des enseignants. J’y accompagnais une amie enseignante qui était en grève comme quelques 34 000 de ses collègues. J’y étais pour les encourager, pour les soutenir parce que je sais que ce qu’ils vivent présentement n’est pas facile.

Il faisait froid et il pleuvait un peu. Plusieurs manifestants portaient tuque et gants. Les gens étaients déjà tassés serrés au square Victoria même une heure avant le début officiel du rassemblement. Il faisait froid, mais l’atmosphère était chaleureuse. Même si c’était la colère qui les poussaient à être sur place, tous ces gens avaient le sourire aux lèvres. Ils étaient réunis des milliers au même endroit pour la même cause, de quoi gonfler à bloc un enseignant découragé. Il y avait des slogans, des drapeaux, des banderolles, de la musique, des sifflets, des trompettes, des adultes, des enfants ainsi qu’un manifestant déguisé en vache avec une affiche: « la vache ne rit plus ». Bref, il y avait de tout. Quand on a commencé à bouger, personne ne savait vraiment où on allait, mais tout le monde suivait d’un pas sûr. La marche a été courte, mais elle été juste assez longue pour lancer le message qu’ils voulaient lancer. C’était agréable de marcher avec eux. Il y avait de l’énergie, de la détermination, de la colère aussi, mais bien canalisée. Les policiers surveillaient avec vigilence, mais rien ne s’est passé. Placée à peu près au milieu, je ne voyais pas le début ni la fin du rassemblement, ce qui donnait l’impression qu’un nombre astronomique de personnes marchaient en même temps.  Un peu plus d’une heure plus tard, c’était fini et les manifestants se dispersaient.

Je ne veux pas donner mon avis sur toutes les revendications des enseignants face aux récentes décisions du gouvernement, ce n’est pas la place pour le faire. J’étais surtout là parce que tous les profs que je connais en arrachent. Je les vois en arracher. Je vois certains quitter le milieu ou penser le faire. Je voulais seulement voir comment ça se passait, comment ils allaient être, tous réunis comme ça. Je voulais les encourager un peu. J’ai rapidement remarqué que je n’étais pas seule à vouloir les encourager.

Hier matin, j’écoutais la radio sur le chemin. On demandait aux parents si ça compliquait leur journée ce congé impromptu en plein millieu de semaine. La majorité des répondants encourageaient les enseignants et si parfois ils n’étaient pas tout à fait d’accord avec la grève, ils la comprenaient. Ils étaient très peu à se plaindre.

Un peu plus tard, dans le train qui me menait au centre-ville, mes voisins de siège étaient quatre enseignants portant des t-shirts noirs avec un slogan comme on en voit beaucoup circuler ces temps-ci. Ils discutaient avec vigueur de la situation. Une employée de l’AMT passa près d’eux et les gratifia d’un chaleureux « Je vous souhaite une belle journée messieurs! » Encore plus tard, après le rassemblement, mon amie m’a raconté que l’employé du métro qui leur a donné leurs billets à elle et ses collègues a dessiné un petit sourire dessus. Avec leurs macarons, c’était en effet évident de deviner où elles se rendaient.

Pendant la marche, certains passant nous souriaient, nous encourageaient. Certains étaient mécontents, c’est certain,  mais l’atmosphère générale était positive. J’ai vu de la compassion dans le regard de certains passants. Réellement. J’avais le sentiment que la population était avec eux. C’est plutôt rare qu’on voit un tel appui à des revendications syndicales.

Malgré le froid et le vent, j’ai senti une énergie positive sortir de ce rassemblement. Or, cette apparence de bonne humeur pendant cette courte heure cachait une véritable colère qu’on ressentait aisément lorsqu’on s’approchait un peu plus des individus pour les écouter.

Sur le chemin du retour, j’ai discuté brièvement avec une de ces enseignantes. Je ne peux pas m’empêcher de relater certaines choses qu’elle m’a confiées. Je lui ai avoué que j’avais été dans le milieu, mais que je n’avais pas assez de colonne pour le supporter, alors j’ai quitté très rapidement. Mon interlocutrice m’a félicitée, m’a dit que j’avais bien fait. Elle m’a dit que, si elle devait recommencer, jamais elle ne deviendrait enseignante. Cette révélation m’a un peu troublée, surtout qu’elle le disait avec un ton presque agressif et surtout, catégorique. Je le sais, on va surtout vers ce métier par vocation profonde. Il faut vraiment avoir été désilusionné pour dire quelque chose comme cela. Je la regardais avec attention me parler, ou plutôt se vider le coeur. Je n’avais pas besoin de poser de questions, tout sortait tout seul. Elle plaignait les jeunes qui vont commencer leur carrière bientôt et les trouvait bien forts. Elle a conclu en me disant avec résignation: « ce n’est plus de l’enseignement… »

Je suis revenue chez moi en repensant à tout ça. Je me suis rendue compte que chaque enseignant et enseignante a sa propre histoire par rapport au métier. Ce sont toutes ces histoires individuelles que nous ne connaissons pas.

Je savais que cette journée n’allait pas changer grand chose. Au moins, j’espère qu’elle aura réussi à prouver que les enseignants ne sont pas seuls. Tout ce que je souhaite, c’est qu’ils aiment de nouveau entièrement leur métier et qu’ils se sentent appréciés pour ce qu’ils font.

Cohabitation et isolement

Le Devoir a présenté le 1er août dernier un beau photoreportage de Renaud Philippe sur deux communautés voisines du Nunavik: Whapmagoostui et Kuujjuarapik. L’une est Crie et l’autre Inuite. Un texte de Jean-Baptiste Hervé nous présente les deux populations qui se côtoient depuis 2800 ans mais fonctionnent de manière bien distinctes compte tenu de leurs différences culturelles. L’article nous propose un court portrait bien intéressant de ces deux villages.  Le photoreportage nous présente des portraits en noir et blanc ainsi que des photos couleurs présentant la vie actuelle dans les deux villages. Personnellement, j’en aurais pris beaucoup plus, car on connait beaucoup trop peu la vie dans le nord du Québec et pourtant, cette région fait bel et bien partie de notre province. Ces deux communautés si différentes ont encore beaucoup plus à nous révéler, j’en suis certaine. C’est d’autant plus vrai en raison de leur contexte bien particulier de cohabitation. Ce n’est pas une critique, j’ai beaucoup aimé les photos que j’ai vues. Des reportages sur ce genre de sujet sont essentiels. La majorité des villages Inuits et Cris ne sont accessibles qu’en avion ce qui rend l’isolement encore plus grand. Je trouve cela vraiment dommage que ce ne soit pas plus accessible (les vols coûtent très cher), car bien peu de gens des régions du sud peuvent dire connaître cette énorme partie de la province. Ce photoreportage mérite un coup d’œil ne serait-ce que pour éveiller la curiosité.

Lire l’article

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Extrait du photo reportage. Source: http://www.ledevoir.com/portraits-nordiques © Renaud Philippe - Le Devoir, 2015

Extrait du photo reportage. Source: http://www.ledevoir.com/portraits-nordiques © Renaud Philippe – Le Devoir, 2015

Hier et aujourd’hui…

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Martine en 1954, une couverture qui a beaucoup vécu!
© Delahaye & Marlier/Casterman

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Martine en 1983, donc celui que, fillette, j’aurais dû normalement lire. © Delahaye & Marlier/Casterman

Comme beaucoup de petites filles depuis quelques générations, j’ai grandit en lisant les aventures de Martine. Ce n’était pas ma série préférée, mais j’avais quand même du plaisir à lire les quelques albums qu’on avait à la maison. Mais l’un d’entre eux était différent: il était très vieux! Le Martine à la ferme que nous possédions datait de 1954 et je crois même qu’il s’agit de la première édition. (Hé oui, je l’ai encore!) Ce n’était vraiment pas mon préféré pour une raison très simple: l’amie africaine de Martine se prénommait Cacao. Ce n’est pas une blague! Même à cinq ans, je trouvais ça méchant comme nom! Franchement, qui va appeler sa fille Cacao, ça n’avait aucun sens! Je ne saisissais pas vraiment la portée raciste de la chose à l’époque, pour moi, c’était juste idiot et si c’était une blague parce que la fillette était noire, et bien, elle n’était pas drôle. J’ai compris plus tard que les mentalités étaient franchement différentes dans les années 50 et pourtant, ça ne fait pas si longtemps.

J’ai fini par oublier cet album, comme on le fait avec beaucoup de lectures de notre enfance. Dernièrement, je suis tombée par hasard sur Martine à la ferme en version plus récente à la librairie où je travaille. C’est alors que la pauvre Cacao m’est revenue en mémoire. Je me suis empressée d’ouvrir le livre et j’ai poussé un soupir de soulagement en voyant qu’ils l’avaient rebaptisée Annie, un nom beaucoup plus joli et, surtout, normal.

Je raconte tout ceci pour prouver en fait que oui, on évolue en tant que société et très rapidement. Nommer une petite fille noire Cacao semblait normal en 1954, mais complètement ridicule et très offensant aujourd’hui. Et ça ne date pas d’un siècle, c’est relativement récent. Si Martine était réelle avec l’âge qu’elle avait avait en 1954, elle aurait sans doute aujourd’hui à peu près l’âge de mon père. Parfois, comme beaucoup d’entre nous je crois, je suis découragée de la société que nous sommes, de ce que nous disons, surtout que grâce à Internet, n’importe quel idiot peut dire des choses ignobles à la portée de tous. Quand je suis découragée comme ça, je repense à cet album et je me dis qu’on devient petit à petit de meilleurs humains et que dans quelques années, on repensera à des choses qu’on disait en 2014 et on les trouvera ridicules et très offensantes et on aura honte de les avoir dites. Quand un tel découragement vous prend, rappelez-vous de l’époque pas si lointaine, il y a 60 ans, alors qu’on appelait des fillettes Cacao. Vous comprendrez alors que, bien qu’on a encore beaucoup de chemin à faire, on n’est pas si terribles que ça.

Cacao en 1954... © Delahaye & Marlier/Casterman

Cacao en 1954… © Delahaye & Marlier/Casterman

... et Annie aujourd'hui! © Delahaye & Marlier/Casterman

… et Annie aujourd’hui! © Delahaye & Marlier/Casterman

Douce naïveté, amère réalité

Durant les jeux olympiques de Londres en 2012, j’avais écrit ce texte que j’avais destiné au blog ici présent. Pour mille raisons dont la plupart sont sorties de ma mémoire, je ne l’ai pas fait. Maintenant que les jeux de Sochi débutent sous peu, j’ai pensé le ressortir parce que mon état d’esprit par rapport à tout ça n’a pas vraiment changé. Mais il y a une chose qui me rend heureuse à propos de ces jeux : Radio-Canada, TVA et RDS travaillent ensemble et ça, c’est assez rare pour le souligner! Mais soyons sérieux, pour l’instant, ça commence plutôt mal en Russie…  Sur ce, bons jeux quand même!

juillet 2012, en plein dans les jeux olympiques de Londres.

J’ai toujours beaucoup aimé la période des olympiques. Moi qui n’est pas une grande sportive de salon, je peux rester des heures devant des compétitions de plongeon, d’haltérophilie, d’aviron, d’athlétisme et autre combats de judo. Même chose durant les olympiques d’hiver. Parfois, je ne comprends même pas les règles, ni le système de pointage, mais je m’en moque. C’est quand même la seule fois que je peux assister à des compétitions de ces sports. Je trouve ça beau. Ces athlètes ont pour la plupart dépensé énormément d’argent, d’énergie et de temps pour quelques minutes, au mieux quelques heures de présence aux olympiques. Souvent, ils ne gagnent pas leur vie avec leur sport (il y a évidemment des exceptions) et s’il sont là, c’est qu’ils sont passionnés par ce qu’ils font et c’est leur rêve de pouvoir participer aux jeux. On est à mille lieues des salaires du sport professionnel faut-il le rappeler; ce n’est pas une carrière qu’on choisi pour l’argent. J’ai et j’aurai toujours une immense admiration pour ces athlètes.

Je trouve ça beau aussi, car on voit toutes ces nations jouer ensemble. Dans la même arène, ils s’affrontent sur le même niveau avec respect. Enfin, la plupart du temps. C’est magnifique tous ces drapeaux unis, ces athlètes qui se serrent la main, qui reconnaissent l’excellence de leur adversaire. Je suis naïve? Oh que oui, c’est dégoulinant de naïveté, je le concède. Mais c’est essentiel. Présentement, ça ne va pas bien du tout dans le monde, pour faire changement. En fait, ça ne va jamais bien dans le monde. Il y a toujours un endroit depuis les débuts de la civilisation où c’est l’horreur plus que d’habitude. Mais pendant ces quelques jours, je rêve à la trêve olympique, et j’oublie ce qui se passe, pour un moment, dans les pays moins chanceux que le nôtre. J’oublie la tyrannie, la famine, la destruction de patrimoine mondial, l’exploitation des populations, la pollution, le despotisme, les enfants-soldats, les extrémistes de tout poil… J’oublie l’Europe, l’Afrique, l’Asie, l’Océanie et les Amériques… Je ne vois que la Terre, une planète unie qui s’amuse avec une saine compétition, toutes populations confondues et amuse toute le reste du monde par la même occasion. Mais cette naïveté ne dure jamais… Dès que j’éteins la télévision après avoir voyagé de V à RDS pendant une heure, la dure réalité me rattrape. Et c’est bien, il faut être conscient de ce qui se passe dans le monde. Mais, il faut avouer ça fait du bien au moral un instant de s’en échapper avec quelques illusions.

En fait, je mens un peu… Il y a quelques années, j’étais encore cette naïveté faite personne d’un bout à l’autre des jeux. Mais cette année, je suis un peu moins candide et enthousiaste. Tout d’abord, ce printemps très agité de par le monde m’a rendue un peu plus cynique que d’habitude et surtout, on dirait que je vois pour la première fois cette business énorme que sont les jeux olympiques. Et je suis déçue. Je ne veux entendre parler d’argent pendant cette période. Je veux voir des gradins plein aux épreuves de natation, car on a laissé les gens entrer pour presque rien, pour l’amour du sport. Je veux pouvoir voir les anneaux olympiques partout parce que avoir un copyright là-dessus, c’est malsain. Je veux pouvoir revoir sur Internet la cérémonie d’ouverture pendant au moins la durée des jeux, car c’était un spectacle magistral et, surtout, unique que tout le monde doit pouvoir apprécier. Je ne veux pas voir de scandales, de journalistes expulsés de Twitter, de billets qui coûtent un loyer et de Reine qui a l’air de s’en ficher royalement (désolée pour le mauvais jeu de mot, mais il était là, je devais le prendre). Le monde va tellement mal, les olympiques est la seule illusion de paix mondiale qu’on a et ça n’arrive qu’une fois aux deux ans. Alors c’est vraiment bête de la gâcher…

J’espère que cette naïveté va revenir lors des prochains jeux. Où seront-ils déjà? En Russie et au Brésil!? Misère… Si mon cynisme ne va qu’en augmentant, je sens que les prochains jeux olympiques seront pénibles à suivre…

*Merci à J. A.-M. avec qui j’ai eu une petite discussion à ce sujet et qui a fait germer ces idées dans ma tête.*