Vulcain: la planète insaisissable

Il y a quelques mois, les médias relataient que des chercheurs américains pensent avoir découvert la possibilité d’une très lointaine neuvième planète à notre système solaire. Cette place était autrefois occupée par Pluton qui a depuis été rétrogradée au statut de planète naine. Cette découverte est à prendre au conditionnel, comme c’est le cas avec de nombreuses nouvelles découvertes scientifiques, surtout en astronomie. Il faut savoir que cette planète n’a pas été observée en tant que tel, mais plutôt supposée grâce à des modèles mathématiques. Pour en savoir un peu plus sur cette découverte, je vous invite à lire les articles de La Presse et de Ciel et Espace.

Cette potentielle nouvelle planète m’a fait penser à un événement semblable qui s’est produit à la fin du XIXe siècle, mais qui a un peu disparu dans les méandres de l’histoire de l’astronomie: la planète Vulcain. Non, je ne vous parle pas de Star Trek ici, mais d’une petite planète située entre Mercure et le soleil. En fait, pendant quelques dizaines d’année, cette planète existait dans l’esprit de beaucoup de gens même si on ne l’avait pas directement observée.

Urbain Le Verrier, découvreur de Neptune. Source: Wikipedia

Urbain Le Verrier, découvreur de Neptune. Source: Wikipedia

Cette histoire fascinante commence en 1849 avec l’astronome français Urbain Le Verrier. En 1846, il avait découvert Neptune tout simplement grâce aux mathématiques, en expliquant son effet gravitationnel sur Uranus. Il croit alors que les observations astronomiques ne seront plus absolument nécessaires pour faire des découvertes. Les mathématiques à elle seules pouvaient nous dire bien plus! Il décide alors de revoir toutes les planètes du système solaire avec cette méthode et remarque qu’il y a une irrégularité avec Mercure. Je n’entrerai pas dans les détails, disons seulement qu’il s’agit d’une perturbation dans son mouvement autour du soleil. Seulement une chose pouvait expliquer cet étrange comportement: la présence d’une masse près de Mercure. Le Verrier pensait à une ceinture d’astéroïdes située entre le soleil et la petite planète, mais une lettre d’un astronome amateur va changer sa vision des choses. Un certain docteur Lescarbault affirme le 22 décembre 1859 avoir observé une planète près de l’emplacement de Mercure, mais qui n’agit pas exactement comme elle. Sans demander plus de détails, Le Verrier se rend chez le docteur pour vérifier ses observations. C’était pratiquement officiel: une nouvelle planète venait d’être découverte! Mais il y a un hic: personne ne parvient à l’observer directement. Un astronome américain réputé, Horace Parnell Tuttle se ruine pratiquement les yeux à observer les abords du soleil pendant un mois entier sans rien découvrir.

C’est ce qui est fascinant avec Vulcain: très souvent on a pensé la voir, mais la confirmaiton de sa présence ne s’est jamais présentée. Lors de l’éclipse de 1878, deux personnes ont dit avoir observé la fameuse planète. Le seul problème, c’est que ces observations n’ont jamais pu être répétées. De plus, un très grand nombre d’observateurs avaient les yeux rivés sur cette éclipse et pourtant, seulement deux personnes auraient vu la planète. Aucune photographie de cette éclipse ne montre ne serait-ce qu’un indice de cette mystérieuse planète. Pendant plusieurs années, la communauté est scientifique a été divisée. Il y avait ceux qui croyaient à Vulcain et d’autres qui en riaient.

Des gens avec beaucoup de créativité ont imaginé Vulcain comme étant une planète creuse. Source: Ciel et Espace

Des gens avec beaucoup de créativité ont imaginé Vulcain comme étant une planète creuse. Source: Ciel et Espace de mai 2015.

À plusieurs reprises jusqu’à la fin du XIXe siècle, quelques personnes ont cru observer la planète mystérieuse, mais on n’a jamais pu prouver quoi que ce soit. Même en utilisant les mathématiques, chères à Le Verrier, Vulcain se dérobe sans arrêt du regard des astronomes. Finalement, les professionels comme les amateurs doivent bien se rendre à l’évidence: Vulcain n’existe pas. Les innovations technologiques qui permettent de mieux obsverver les objets près du soleil confirment qu’il n’y a rien de substentiel entre l’étoile et Mercure. Urbain Le Verrier est décédé en 1877, sans savoir si Vulcain était réelle ou non.

Finalement, la réponse à l’anomalie de Mercure arriva en 1915 avec Einstein et sa théorie de la relativité générale. Cette théorie explique que le mouvement étrange de la petite planète est dû à sa proximité du soleil. Vulcain est alors définitivement morte et enterrrée. Elle reste cependant immortalisée sur une médaille représentant Le Verrier entouré de toutes les planètes connues du système solaire, dont Vulcain.

Depuis que le ciel est observé, les astronomes ont pensé voir ou percevoir différents corps célestes qui ont été pris ou non au sérieux. Certains étaient farfelus, mais Vulcain avait tout d’une planète crédible et a failli, près de 80 ans avant Pluton, devenir une des premières neuvième planète du système solaire.

L’histoire est relatée avec plus de détails dans le numéro 540 de Ciel et Espace de mai 2015. Si vous n’avez pas peur des chiffres, cet article résume aussi l’histoire avec des informations techniques sur l’anomalie de Mercure et sur les observations de Lescarbault.

 

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Publié le 2 juin 2016, dans Science, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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