Archives Mensuelles: janvier 2016

Regard sur Émile Cohl – blogueur invité

Une fois n’est pas coutume, je vous présente aujourd’hui sur mon blog un auteur invité. Il s’agit de Charles-Étienne Tremblay que j’ai rencontré dans un cadre professionel. Pour le présenter un peu mieux, Charles-Étienne est chef d’une jeune entreprise (Tregenuity Solutions), chercheur en sciences sociales, en littérature et en éducation. Il est de plus enseignant à tous les niveaux et comédien semi-professionnel. Charles-Étienne Tremblay s’intéresse depuis longtemps à l’influence de certaines fabrications sur les êtres humains. Parmi ces fabrications, on retrouve le cinéma, la caricature et la bande dessinée.Le texte qu’il nous présente aujourd’hui est à propos d’Émile Cohl, un pionnier du cinéma d’animation, pour ne pas dire l’inventeur du dessin animé. Un sujet bien intéressant, j’espère que ce texte saura piquer votre curiosité.

Regard sur Émile Cohl

Par Charles-Étienne Tremblay

Émile Cohl, vers 1910. (crédits: dvdtoile.com)

Émile Cohl, vers 1910. (crédits: dvdtoile.com)

Selon un lieu commun, encouragé autant par le premier que par le second « monde », il y aurait, d’un côté, le « monde » de la télé et du cinéma; de l’autre, le « monde » du théâtre et de la danse. Si vous vous inscrivez à un atelier pour comédiens, ce lieu commun sera de l’ordre de l’indiscutable : « Vous avez fait du théâtre? Mais encore… théâtre professionnel ou amateur? » Si votre réponse est « amateur », honte à vous : vous avez donc adopté des manies, et il vous faut apprendre à vous déprogrammer au plus vite! Or, lorsqu’on regarde du côté des origines du cinéma, au tournant du XXe siècle, on remarque que c’est plus complexe que ce que cela.

De cinéma d’animation à cinéma classique ou hollywoodien

Avant le cinéma dit classique ou hollywoodien, il y a eu le cinéma dit d’animation. Celui qui, selon plusieurs chercheurs français, aurait créé le cinéma d’animation, Émile Courtet (1857-1938), mieux connu sous le surnom d’Émile Cohl (nom de famille prononcé « colle »), est aussi celui qu’on appelle en anglais « the animator », que l’on traduit en français par « cinématographiste ». Il est question d’animation parce que celui qui « anime » fait les films – il est the film maker – et occupe par conséquent tous les postes de la production : il tourne, écrit des scénarios, occupe le poste de machiniste, met en scène et joue même le « rôle » d’électricien en plus d’intégrer le théâtre de marionnettes au cinéma. Avant le début des années 1900, Cohl, un contemporain et ami de Georges Méliès (1861-1938), auteur d’un « Voyage sur la lune » en 1902, a fait de la photo, du dessin sportif et s’est familiarisé avec plusieurs formes de théâtre, dont le vaudeville et les monologues. Il n’est donc pas question de se faire croire qu’un art, une forme ou une méthode ou ensemble de méthodes vaut plus que l’autre – tout doit servir!

Crédits : Justin Alvarez : The 5 Best Films By Georges Méliès – Guernica / A Magazine of Art & Politics

Crédits : Justin Alvarez : The 5 Best Films By Georges Méliès – Guernica / A Magazine of Art & Politics

Pas séparer mais truquer

Tout le travail pour en venir à l’invention du cinéma d’animation, dont les standards ou « trucages » deviendront ceux, améliorés, du cinéma dit classique ou hollywoodien, tout cela est, pour nous, le résultat d’une union, et non d’une séparation, entre les « mondes » du cinéma, de la télé, du théâtre et de la danse : on ne se met pas, comme le comédien sur la scène, au service du texte sans travailler contre le texte – résistance vue comme un indésirable par plusieurs producteurs et réalisateurs de télé et de cinéma : ces derniers, contrairement au comédien, cinéaste et metteur en scène Robert Lepage, ne voient pas une méthode de travail en l’improvisation telle qu’enseignée au Québec depuis sa fondation en 1977 par la Ligue Nationale d’Improvisation (LNI), par exemple. Un « cinématographiste » comme Émile Cohl est plutôt un « truqueur » qui, à l’aide de dessins, décompose le mouvement pour mieux l’unir : il prépare la projection, mais, contrairement à l’acteur, il n’est pas projeté sur un écran – du moins pas complètement : dans certains courts-métrages, dont « Fantasmagorie » (1908), on peut apercevoir sa main.

 

 

Le présent texte s’inspire de la page 190 ainsi que des notes 343 et 344 d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université de Montréal le 19 novembre 2010 : Charles-Étienne Tremblay, Émergence du fumisme dans la production d’un nouvel esprit littéraire, Montréal, Université de Montréal, 2011. Les propos sont tirés des titres suivants : Maillet R., « Émile Cohl cinématographiste, 1857-1938 : exposition commémorant le 50e anniversaire de la mort d’Émile Cohl, pionnier du cinéma d’animation français, du 2 novembre au 11 décembre 1988 », Montréal, Cinémathèque québécoise, 1988, p. 11-12 (article); Courtet-Cohl P. et B. Génin, Émile Cohl, l’inventeur du dessin animé, préf. Isao Takahata, Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes), Omniscience, Publications universitaires romandes, 2008.
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Nominations Oscars 2016-Bande originale

J’avais passé mon tour l’an dernier, mais je ne pouvais pas le passer cette année. Voici donc mes pensées sur les nominations des Academy Awards 2016 pour les meilleures bandes originales.

Bridge of spies-Thomas Newman

Voilà une musique qui colle bien au film. On peut deviner à peu près le sujet du film seulement grâce à la musique. Juste assez inquiétante, on sent une tension constante dans plusieurs des pièces. Ça n’empêche pas certaines envolées qui restent quand même toujours relativement contenues. C’est donc une musique très classique pour ce genre de film, mais qui réussi son coup. J’aime bien les choeurs qui n’apparaissent pas souvent, mais qui apportent un petit quelque chose au bon moment.

Carol-Carter Burwell

À chaque année, une bande originale m’atteint un peu plus que les autres. Cette année, c’est celle-ci. Il y a énormément d’émotion dans ces mélodies. Bizzarement, ça me fait penser à la trame sonore de The Hours, même si le style musical est un peu différent. Dans les deux cas, on sent une forte mélancolie, une tristesse qui est lourde par moment et parfois plus légère, mais toujours présente. C’est une très belle musique à l’image du film. Elle a de belles et simples mélodies, mais elle n’est vraiment pas joyeuse!

Sicario-Jóhann Jóhannsson

Je n’ai pas eu encore la chance de voir le dernier film de Denis Villeneuve, mais si je me fie à la trame sonore uniquement, ça doit être un film intense. Il y a tellement de tension dans cette musique que, sincèrement, je vous déconseille de l’écouter toute d’un trait. Parfois, quelques passages plus mélodiques viennent alléger un petit peu l’ambiance, mais le tout reste vraiment lourd. Et c’est excellent comme ça! Ce n’est pas une musique que j’achèterais pour écouter pour le plaisir, c’est certain. Mais en tant que musique de film, elle rempli tout à fait son devoir.

Star Wars: the force awakens-John Williams

Difficile de rester insensible lorsqu’on entend John Williams revenir à l’une de ses plus importantes oeuvres: la musique des films Star Wars. Ce sont des mélodies inoubliables qui ont marqué l’imaginaire. Williams réussit-il son coup avec ce nouvel opus? Oui et non. Tout d’abord, on se retrouve sans mal replongé dans Star Wars comme si rien n’avait changé. Les anciens thèmes se mèlent parfaitement bien avec les nouveaux et on voit la continuité de l’univers. Williams a tout à fait réussit cela selon moi. Les nouveaux thèmes ne sont malheureusement pas aussi forts que les anciens. Ça parait sévère parce qu’ils ne sont certainement pas mauvais, au contraire. Seulement, ils retiennent moins l’attention. La comparaison est cruelle c’est vrai, mais elle est inévitable. Une trame sonore réussie dans l’ensemble et qui sert très bien le film. Or, elle n’est pas exceptionnelle si on tient compte du nouveau matériel.

The hateful eight-Ennio Morricone

Le seul nom d’Ennio Morricone est séduisant et ce vétérant de la musique de film n’a rien perdu! Il réussit à faire quelque chose de tout à fait moderne tout en gardant un côté western classique. L’ouverture du film qui a un fabuleux crescendo est particulièrement forte. Ce que réussit aussi cette bande son est de créer une ambiance incroyable. Tout ceux qui ont vu le film se retrouvent instentanément, en entendant les quelques notes de la mélodie principale, replongés dans l’atmosphère glauque et glaciale du blizzard. Ça sonne bien, ça sonne fort, ça donne le ton, bref, il faut croire que Morricone a encore le tour!

 

Mon choix: Très difficile. Après plusieurs hésitations, je vais y aller avec Sicario.
Ma prédiction: The hateful eight

La constante cette année est l’atmosphère. Une musique de film se doit de transmettre une ambiance et les nominations de cette année le réussissent toutes très bien. Et vous, quelle est votre préférée?