Mon 30 septembre 2015

Hier, je suis allée à la marche des enseignants. J’y accompagnais une amie enseignante qui était en grève comme quelques 34 000 de ses collègues. J’y étais pour les encourager, pour les soutenir parce que je sais que ce qu’ils vivent présentement n’est pas facile.

Il faisait froid et il pleuvait un peu. Plusieurs manifestants portaient tuque et gants. Les gens étaients déjà tassés serrés au square Victoria même une heure avant le début officiel du rassemblement. Il faisait froid, mais l’atmosphère était chaleureuse. Même si c’était la colère qui les poussaient à être sur place, tous ces gens avaient le sourire aux lèvres. Ils étaient réunis des milliers au même endroit pour la même cause, de quoi gonfler à bloc un enseignant découragé. Il y avait des slogans, des drapeaux, des banderolles, de la musique, des sifflets, des trompettes, des adultes, des enfants ainsi qu’un manifestant déguisé en vache avec une affiche: « la vache ne rit plus ». Bref, il y avait de tout. Quand on a commencé à bouger, personne ne savait vraiment où on allait, mais tout le monde suivait d’un pas sûr. La marche a été courte, mais elle été juste assez longue pour lancer le message qu’ils voulaient lancer. C’était agréable de marcher avec eux. Il y avait de l’énergie, de la détermination, de la colère aussi, mais bien canalisée. Les policiers surveillaient avec vigilence, mais rien ne s’est passé. Placée à peu près au milieu, je ne voyais pas le début ni la fin du rassemblement, ce qui donnait l’impression qu’un nombre astronomique de personnes marchaient en même temps.  Un peu plus d’une heure plus tard, c’était fini et les manifestants se dispersaient.

Je ne veux pas donner mon avis sur toutes les revendications des enseignants face aux récentes décisions du gouvernement, ce n’est pas la place pour le faire. J’étais surtout là parce que tous les profs que je connais en arrachent. Je les vois en arracher. Je vois certains quitter le milieu ou penser le faire. Je voulais seulement voir comment ça se passait, comment ils allaient être, tous réunis comme ça. Je voulais les encourager un peu. J’ai rapidement remarqué que je n’étais pas seule à vouloir les encourager.

Hier matin, j’écoutais la radio sur le chemin. On demandait aux parents si ça compliquait leur journée ce congé impromptu en plein millieu de semaine. La majorité des répondants encourageaient les enseignants et si parfois ils n’étaient pas tout à fait d’accord avec la grève, ils la comprenaient. Ils étaient très peu à se plaindre.

Un peu plus tard, dans le train qui me menait au centre-ville, mes voisins de siège étaient quatre enseignants portant des t-shirts noirs avec un slogan comme on en voit beaucoup circuler ces temps-ci. Ils discutaient avec vigueur de la situation. Une employée de l’AMT passa près d’eux et les gratifia d’un chaleureux « Je vous souhaite une belle journée messieurs! » Encore plus tard, après le rassemblement, mon amie m’a raconté que l’employé du métro qui leur a donné leurs billets à elle et ses collègues a dessiné un petit sourire dessus. Avec leurs macarons, c’était en effet évident de deviner où elles se rendaient.

Pendant la marche, certains passant nous souriaient, nous encourageaient. Certains étaient mécontents, c’est certain,  mais l’atmosphère générale était positive. J’ai vu de la compassion dans le regard de certains passants. Réellement. J’avais le sentiment que la population était avec eux. C’est plutôt rare qu’on voit un tel appui à des revendications syndicales.

Malgré le froid et le vent, j’ai senti une énergie positive sortir de ce rassemblement. Or, cette apparence de bonne humeur pendant cette courte heure cachait une véritable colère qu’on ressentait aisément lorsqu’on s’approchait un peu plus des individus pour les écouter.

Sur le chemin du retour, j’ai discuté brièvement avec une de ces enseignantes. Je ne peux pas m’empêcher de relater certaines choses qu’elle m’a confiées. Je lui ai avoué que j’avais été dans le milieu, mais que je n’avais pas assez de colonne pour le supporter, alors j’ai quitté très rapidement. Mon interlocutrice m’a félicitée, m’a dit que j’avais bien fait. Elle m’a dit que, si elle devait recommencer, jamais elle ne deviendrait enseignante. Cette révélation m’a un peu troublée, surtout qu’elle le disait avec un ton presque agressif et surtout, catégorique. Je le sais, on va surtout vers ce métier par vocation profonde. Il faut vraiment avoir été désilusionné pour dire quelque chose comme cela. Je la regardais avec attention me parler, ou plutôt se vider le coeur. Je n’avais pas besoin de poser de questions, tout sortait tout seul. Elle plaignait les jeunes qui vont commencer leur carrière bientôt et les trouvait bien forts. Elle a conclu en me disant avec résignation: « ce n’est plus de l’enseignement… »

Je suis revenue chez moi en repensant à tout ça. Je me suis rendue compte que chaque enseignant et enseignante a sa propre histoire par rapport au métier. Ce sont toutes ces histoires individuelles que nous ne connaissons pas.

Je savais que cette journée n’allait pas changer grand chose. Au moins, j’espère qu’elle aura réussi à prouver que les enseignants ne sont pas seuls. Tout ce que je souhaite, c’est qu’ils aiment de nouveau entièrement leur métier et qu’ils se sentent appréciés pour ce qu’ils font.

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Publié le 1 octobre 2015, dans Actualité, Billet, Humeur. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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