Archives Mensuelles: mars 2014

Délicieux navets

Je partage ici un article d’Émilie Folie-Boivin très bien intitulé « La revanche des navets » et paru dans Le Devoir la semaine dernière, le lendemain des prix Aurore qui récompense, comme on le sait, le meilleur du pire du cinéma québécois de l’année. Il s’agit en fait d’une petite réflexion sur ces films si mauvais qu’ils en deviennent bons. Le chroniquer cinéma de Radio-Canada, Michel Coulombe dit avec raison que pour que ça marche, le film doit en faire trop (The rocky horror picture show en est un exemple). Je rajouterais qu’il y a sûrement toujours quelqu’un dans l’équipe de création du film qui y croit énormément et c’est ça qui donne son aspect si assumé qui le rend encore meilleur.

L’article soulève aussi le fait que si les États-Unis sont un terreau fertile de ce genre de films (comme en fait foi la petite centaine de films de requins qui existe), le Québec « cultive peu ses navets », comme le dit si bien l’auteure de l’article. Parce que ces mauvais films deviennent parfois des films-cultes. Showgirls et The rocky horror picture show ont des fans et sont encore représentés en salle annuellement. Certains films québécois de toutes les époques ont un certain potentiel et sont même peut-être devenus cultes dans des cercles fermés d’amateurs qui en font des visionnement chez un particulier, qui sait!

Bien qu’il y a certaines personnes qui aiment plus les mauvais films que d’autres, on a tous un navet qu’on aime tellement il est mauvais. Dans les films québécois, je n’ai pas encore vu beaucoup de mauvais films, mais j’avoue que Ding et Dong, le film est un vrai plaisir coupable pour moi. Il faudra que je me rattrape, parce qu’il y a des petites perles apparemment. Dans le cinéma en général, mon mauvais film préféré est The Room (2003) qui est, à mon avis, un chef d’œuvre de mauvais. Il mériterais même d’avoir son propre article sur ce blog, tient! J’en reparlerai peut-être un autre jour, car c’est véritablement un ovni, même dans le monde des mauvais films, surtout grâce à  son auteur, réalisateur et acteur principal: Tommy Wiseau.

Et vous, avez-vous un mauvais film préféré? En attendant, vous pouvez lire les préférences des différents chroniqueurs dans l’article.

http://www.ledevoir.com/culture/cinema/403190/cin

Si le sujet vous intéresse, je vous invite à visiter la page de Douteux, un OSBL très sérieux d’archivage, de protection et de diffusion d’œuvres cinématographiques discutables. http://www.douteux.org/

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Hier et aujourd’hui…

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Martine en 1954, une couverture qui a beaucoup vécu!
© Delahaye & Marlier/Casterman

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Martine en 1983, donc celui que, fillette, j’aurais dû normalement lire. © Delahaye & Marlier/Casterman

Comme beaucoup de petites filles depuis quelques générations, j’ai grandit en lisant les aventures de Martine. Ce n’était pas ma série préférée, mais j’avais quand même du plaisir à lire les quelques albums qu’on avait à la maison. Mais l’un d’entre eux était différent: il était très vieux! Le Martine à la ferme que nous possédions datait de 1954 et je crois même qu’il s’agit de la première édition. (Hé oui, je l’ai encore!) Ce n’était vraiment pas mon préféré pour une raison très simple: l’amie africaine de Martine se prénommait Cacao. Ce n’est pas une blague! Même à cinq ans, je trouvais ça méchant comme nom! Franchement, qui va appeler sa fille Cacao, ça n’avait aucun sens! Je ne saisissais pas vraiment la portée raciste de la chose à l’époque, pour moi, c’était juste idiot et si c’était une blague parce que la fillette était noire, et bien, elle n’était pas drôle. J’ai compris plus tard que les mentalités étaient franchement différentes dans les années 50 et pourtant, ça ne fait pas si longtemps.

J’ai fini par oublier cet album, comme on le fait avec beaucoup de lectures de notre enfance. Dernièrement, je suis tombée par hasard sur Martine à la ferme en version plus récente à la librairie où je travaille. C’est alors que la pauvre Cacao m’est revenue en mémoire. Je me suis empressée d’ouvrir le livre et j’ai poussé un soupir de soulagement en voyant qu’ils l’avaient rebaptisée Annie, un nom beaucoup plus joli et, surtout, normal.

Je raconte tout ceci pour prouver en fait que oui, on évolue en tant que société et très rapidement. Nommer une petite fille noire Cacao semblait normal en 1954, mais complètement ridicule et très offensant aujourd’hui. Et ça ne date pas d’un siècle, c’est relativement récent. Si Martine était réelle avec l’âge qu’elle avait avait en 1954, elle aurait sans doute aujourd’hui à peu près l’âge de mon père. Parfois, comme beaucoup d’entre nous je crois, je suis découragée de la société que nous sommes, de ce que nous disons, surtout que grâce à Internet, n’importe quel idiot peut dire des choses ignobles à la portée de tous. Quand je suis découragée comme ça, je repense à cet album et je me dis qu’on devient petit à petit de meilleurs humains et que dans quelques années, on repensera à des choses qu’on disait en 2014 et on les trouvera ridicules et très offensantes et on aura honte de les avoir dites. Quand un tel découragement vous prend, rappelez-vous de l’époque pas si lointaine, il y a 60 ans, alors qu’on appelait des fillettes Cacao. Vous comprendrez alors que, bien qu’on a encore beaucoup de chemin à faire, on n’est pas si terribles que ça.

Cacao en 1954... © Delahaye & Marlier/Casterman

Cacao en 1954… © Delahaye & Marlier/Casterman

... et Annie aujourd'hui! © Delahaye & Marlier/Casterman

… et Annie aujourd’hui! © Delahaye & Marlier/Casterman

Bonbon du week-end: les bruits de l’univers

Élevons-nous un moment de notre vie terrienne et voyageons un peu avec les sons de l’univers, plus précisément, les sons que produisent certains corps célestes et qu’on est en mesure de capter. Évidemment, il ne s’agit pas d’ondes sonores, ces dernières ne pouvant pas se déplacer dans le vide interstellaire, mais bien d’ondes électromagnétiques qu’on a ensuite transformées en sons, pour faire simple. Les scientifiques captent ces « sons » depuis les années 1970 environ grâce à toutes sortes d’instruments, mais surtout grâce à la sonde Voyager 1. Cette dernière a longtemps été un lien précieux entre nous et les autres planètes et leurs satellites. L’extrait qui suit provient de l’émission « Sky at night » de la BBC. Ce que dit la dame à l’accent savoureux est très intéressant (Dr Maggie Aderin-Pocock pour ne pas la nommer. Elle est co-présentatrice de l’émission et chercheuse à l’University College London), mais ça vaut la peine d’écouter pour seulement prêter oreille à ses sons si uniques et particuliers et qui proviennent de très, très, très, très lointains horizons. 

On peut entendre dans cet extrait les bruits du soleil, de Jupiter,  de Voyager 1 quittant le système solaire (à mon avis le plus impressionnant) et d’un pulsar.

http://www.bbc.com/news/magazine-26464396

On en a parlé aussi à l’émission « C’est pas trop tôt! » d’Ici Radio-Canada Première ce matin même. On y entend notamment d’autres extraits du soleil et de Jupiter, mais aussi des sifflements provenant de notre propre planète, plus précisément de son champ magnétique.

http://ici.radio-canada.ca/emissions/c_est_pas_trop_tot/2013-2014/archives.asp?date=2014%2F03%2F14&indTime=825&idmedia=7040267

 

Bonne fin de semaine!

Idée lecture: Le bestiaire des fruits

© Zviane/La Pastèque

© Zviane/La Pastèque

L’actualité est  morose et vous n’en pouvez plus de la campagne électorale et de cet hiver qui ne finit pas? Je vous suggère ici un livre qui respire l’exotisme avec une bonne dose de folie.

Si vous suivez le travail de Zviane, auteure de bande dessinée québécoise, vous avez déjà entendu parler de ce bestiaire des fruits qu’elle a publié d’abord sur son blog, puis en fanzine il y a quelques années. Son incursion dans le monde des fruits exotiques est maintenant disponible en librairie aux éditions La Pastèque dans une version améliorée.

En 2001, Zviane habite à Saint-Laurent et elle découvre à son supermarché une foule de fruits exotiques et étranges qu’elle décide d’essayer. Elle décrit donc chacun d’entre eux sur quelques pages ainsi que son expérience heureuse ou malheureuse lors de la dégustation. Les fruits sont ensuite évalués suivant un barème de notes sur leur goût, leur aspect, leur propreté et leur commodité.

Ce qui est fabuleux avec ce bestiaire, c’est qu’il est fait avec beaucoup d’humour, de folie et de fraîcheur, autant dans les dessins que dans les textes. Zviane se laisse ici aller dans un dessin très expressif et, c’est bizarre à dire, avec aussi beaucoup d’émotions. On n’a aucune difficulté a ressentir son dégoût, ou au contraire, son plaisir lorsqu’elle décrit ses essais gustatifs. en même temps, tout est décrit de manière très claire que ce soit les fruits eux-mêmes ou le goût. J’ai ri franchement à plusieurs reprises au cours de ma lecture et puis, c’est quand même incroyable: on apprend des choses! Ça se lit bien et vite et on a envie d’y retourner tout de suite après.  Je vous mets de plus au défi de ne pas vouloir aller voir sur google des photos des ces fruits à l’aspect parfois très étrange.

Le chroniqueur de La Presse André Laroche décrit le livre beaucoup mieux que moi en le disant « à mi-chemin de la chronique culinaire et du journal personnel, ses exposés désopilants rappellent avec bonheur les Rubrique-à-brac de Gotlib. » (cliquez ici pour lire la chronique complète)

© Zviane/La Pastèque

© Zviane/La Pastèque (Cliquez pour voir en plus grand)