Archives Mensuelles: novembre 2013

Les villages fantômes

Je pense que mon émission préférée à la première chaîne de Radio-Canada (non je ne me suis pas encore habituée aux nouvelles appellations de ICI Radio-Canada, mais ça viendra!) c’est La tête ailleurs animée par Jacques Bertrand samedi et dimanche de 5 à 7. On y parle de tout et n’importe quoi, un sujet que j’adore. Par exemple, il y a quelques semaines, l’auteure Ariane Gélinas était venue y parler des villes fantômes du Québec. Elle est l’auteure de romans fantastiques axés sur les villages fantômes et fait de plus son doctorat sur le sujet. Elle connait comme personne cette réalité. La plus connue des villes fantôme est sans aucun doute Val-Jalbert au Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais on apprend avec cette entrevue qu’il en existe près d’une trentaine dans la province. La plupart de ces villes ont une histoire minière, mais certaines sont devenues fantômes à la suite d’une catastrophe (Saint-Jean-Vianney, par exemple qui a subit un glissement de terrain). Cette entrevue est très intéressante et on ne peut qu’être emportés par l’enthousiasme d’Ariane Gélinas pour son sujet.

Les villes fantômes font partie de notre patrimoine et leur valeur historique est importante. Alors que c’est une réalité très connue et assumée au États-Unis, elle est un peu plus occultée ici. C’est le but d’Ariane Gélinas de mettre en lumière ces villes et villages qui ont été témoins de moments de notre histoire et qui ont, eux même, une histoire fascinante à nous raconter, bien qu’elle soit souvent tragique. En tout cas, si vous cherchez une façon de visiter le Québec autrement, en voilà une excellente!

Bien qu’il existe des villes fantôme de la Montérégie jusqu’à la Baie-James en passant par les alentours de Fermont, une grande partie se trouve en Gaspésie. C’est dû surtout à l’importante décroissance de la population et à l’exode des habitant au cours des années 70. Malgré la résistance et les efforts de plusieurs, nombreux villages ont été fermés durant cette période.

Pour écouter l’entrevue avec Ariane Gélinas, cliquez ici.

La page de la Tête ailleurs

Voici quelques villes fantômes québécoises selon mes recherches sur différents sites web:

Abitibi-Témiscamingue: Snake Creek , Beauchêne, Pascalis.

Côte-Nord: Gagnon, Aylmer Sound, Labrieville.

Baie-James: Nitchequon, Fort George, Joutel.

Mauricie: Oskélanéo, Casey, McTavish, Van Bruysse.

Lanaudière: Saint-Ignace-du-Lac.

Saguenay-Lac-Saint-Jean: Val-Jalbert, Saint-Jean-Vianney, Saint-Cyriac.

Montérégie: Rivière-La Guerre.

Anticosti: L’Anse-aux-Fraises, Baie-Saint-Claire.

Gaspésie: Saint-Nil, Saint-Thomas-de-Cherbourg, Saint-Paulin-Dalibaire, Saint-Jean-de-Bréfeuf, Saint-Louis-de-Gonzague, Saint-Octave-de-l’Avenir, Sacré-Coeur-de-Deslandes, Pellegrin, Saint-Edmond-de-Pabos, Saint-Gabriel-de-Rameau, Saint-Paulin Dalibaire, Rang IV-Les Méchins, Saint-Charles-Garnier-de-Pabos-Nord.

Pour en savoir un peu plus:

Le blog d’Ariane Gélinas et sa carte des villes fantômes

Articles sur les villages disparus du Québec: partie 1  partie 2

Et pour s’amuser, voici des photos de villes-fantômes partout dans le monde sur Topito ;): http://www.topito.com/top-10-des-villes-fantomes-quon-a-envie-de-traverser

Et finissons avec un gros cliché de musique Western.

« You used to call it home/But now it’s a ghost town ».

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Rencontre avec les auteurs des Nombrils

Le sixième tome de la série Les Nombrils est présentement en prépublication dans le journal de Spirou et paraîtra sur les tablettes des librairies à l’automne. Que de chemin parcouru pour cette série qui débuta tout simplement comme une série de gags mettant en scène des adolescentes et leur univers cruel. Les personnages et le récit ont évolué pour devenir une série d’une belle richesse et l’un des coups de cœur des lecteurs et lectrices de Spirou. Rencontrée lors du Salon du Livre de Montréal en automne 2012, la scénariste Maryse Dubuc raconte à Inedispirou où ils en sont à ce jour avec cette série.

Maryse Dubuc © Emma Lacasse

Maryse Dubuc

Une histoire de personnages

Au début de la série, les personnages étaient ce qu’ils étaient : deux chipies qui s’en prennent toujours au même souffre douleur. « Si on regarde les 9 premiers gags du tome 1, Karine perd toujours, c’est ça qui faisait rire. L’évolution c’est faite partir du moment où la violence verbale envers Karine devenait un peu intolérable, il fallait amener un retournement de situation », explique Dubuc. Au départ, les deux auteurs n’avaient jamais imaginé que le récit deviendrait beaucoup plus complexe. Mais après avoir fait un retournement de situation, ils ont rapidement eu l’envie d’en faire d’autres.

Le tome 5 a été marquant quant au grands changements chez Karine, le personnage du souffre douleur. C’est d’ailleurs tout naturellement que l’évolution des personnages passe tout d’abord par elle, « plus humaine que Jenny et Vicky, donc plus naturel d’approfondir ». Mais maintenant que cette transformation est faite, les auteurs peuvent maintenant passer à autre chose, donc, à un autre personnage. « Karine n’est pas le personnage principal, il y a vraiment trois personnages principaux. On passe par-dessus Jenny et on va a Vicky pour comprendre un peu plus pourquoi elle est comme ça, la développer. C’est un personnage que j’affectionne particulièrement parce que je trouve que c’est une battante et c’est un plaisir d’enfin pouvoir lui donner un peu plus de place ». La scénariste avoue que le problème avec cette série est de manquer de place pour raconter tout ce qu’elle veut. Elle ne peut donc développer qu’un personnage par tome. Ce sera pour le 6e le tour de Vicky et prochainement, peut-être, de Jenny.

Dubuc nous confie le 6e tome sera particulièrement rempli et riche en événement et 48 pages sont prévues pour l’instant. Déjà le tome 7 se construit et il est présentement prêt dans l’esprit du couple d’auteurs. Il sera de plus un peu différent des derniers. « On va essayer de revenir un peu plus à la base des Nombrils, d’alléger un peu le récit, mais je sais qu’on va avoir tellement de choses à dire que ça va finir par déborder quand même! »

Même si le récit est découpé en gags d’une page la plupart du temps, certains éléments de l’histoire sont clairs dans la tête des auteurs. Des événements important de la vie des différents personnages sont prévus. « Par exemple, le changement de Karine était un point important par lequel on devait absolument passer. Mais à quel moment ces moment-clés vont arriver, ça ce n’est pas nécessairement clair. »

Être publié dans Spirou

Des deux auteurs, c’est Delaf qui a la plus grande culture BD puisqu’il en a toujours lu. « Il avait gagné un jour un concours de dessin et le prix était un recueil de Spirou, il a alors découvert le magazine », raconte Dubuc. C’est d’ailleurs un album de Spirou et Fantasio qui lui a donné l’envie de faire de la bande dessinée, soit le Réveil du Z de Tome et Janry. Plus précisément, c’est la grande case où Spirou et Fantasio sortent de leur maison pour découvrir qu’ils ne sont plus chez eux qu’il a trouvé fabuleuse et qui l’a marqué. La scénariste, quant à elle ne lisait pas du tout de bande dessinée lorsqu’elle était jeune. « J’ai découvert quand j’ai rencontré Marc (Delaf) en 1995, quand la nouvelle vague commençait à prendre de la place et c’est à ça que j’ai accroché. »
Une adaptation a donc été nécessaire pour la scénariste, qui vient du monde du roman. Elle aime beaucoup plus aller dans la psychologie des personnages alors qu’elle est moins à l’aise avec la partie « gag » du travail. « Delaf a plus une culture BD, donc il travaille plus sur cette fonction-là du gag, de puncher avec une image en toute dernière case alors que moi, c’est plus le récit qui m’intéresse. On se complète! »

Les deux auteurs s’étonnent parfois encore de leur succès et surtout que la rédaction du magazine Spirou aie accepté de les publier. Toutefois, Dubuc pense qu’ils ont eu de la chance, car ils ont pu commencer à développer le projet dans Safarir, un journal de bande dessinée québécois. Lorsqu’ils ont proposé la série au journal de Marcinelle, elle avait déjà pris sa couleur, sa saveur. En revanche, c’est sans véritable espoir qu’ils ont proposé le projet à Dupuis, car ils trouvaient qu’il jurait avec le reste du contenu. « On se disait: est-ce que Les Nombrils et Cauvin peuvent être côte à côte dans le magazine? On a vraiment été étonnés d’avoir la réponse de l’éditeur. Non seulement ils acceptaient, mais ils nous donnaient entière liberté. On a jamais été censurés.» Pourtant, nous le rappelle Dubuc, ils ont beaucoup osé :

© Delaf et Dubuc

© Delaf et Dubuc

Elle et Delaf ont parlé l’intimidation, d’hyper-sexualisation, ont montré une seringue souillée, une mère soûle sous la table et même de la marijuana et ses effets… en quatrième de couverture du magazine! « Des fois on les teste comme ça! On se dit que ça ne va pas passer ou qu’ils vont essayer de le cacher dans le milieu du magazine, mais non. »

Dubuc se rappelle que l’éditeur a surtout été charmé par le fait que Les Nombrils se démarquait justement des autres séries. « il s’est dit : enfin un projet qui n’est pas formaté Spirou! On n’a pas fait un projet pour que ça s’intègre à l’ensemble du magazine nécessairement. »

Si la série est passé d’un lectorat québécois à presque international, la couleurrégionale n’a pas été effacée pour autant. Les personnages parlent dans un français international au lieu d’un langage plus « adolescent » pour rendre la série plus accessible, mais il reste que les auteurs s’inspirent de ce qui se passe autour d’eux et du milieu qu’ils connaissent. C’est ainsi qu’on voit beaucoup de détails au fil des cases qui rappellent le Canada. Par contre, Dubuc précise que la série « ne se passe pas au Québec, ça se passe en Amérique francophone ». Ainsi, plus de place est laissée à l’imagination du lecteur.

Maintenant bien installée dans le journal, Maryse Dubuc termine notre rencontre avec une observation sur la longévité de Spirou. « Je pense que le journal à beaucoup évolué dans les dernières 10 années. Il se modernise beaucoup, je pense que le succès du magazine, le fait qu’il continue à se vendre autant aujourd’hui tient à ça. » Il ne reste qu’à souhaiter au tandem d’auteurs aussi une belle longévité pour Les Nombrils qui a plus que jamais sa place dans le journal de Spirou.

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Article publié sur le forum d’Inedispirou le 23 avril 2013.

Des nouvelles de Matilda

Dans le sujet « Que sont-ils devenus? » je vous ramène aux confins de votre mémoire. Vous souvenez-vous de Mara Wilson? C’est sûr que vous vous souvenez d’elle… Mais oui! Elle jouait Matilda dans le film du même nom. Et elle a joué dans Mme Doubtfire et le remake de Miracle sur la 34e rue. Vous vous souvenez maintenant? Ça fait longtemps qu’on ne l’a pas vue vous ne trouvez pas? En fait, elle a quitté la carrière d’actrice parce que ça ne l’amusait plus. Maintenant, elle fait d’autre chose. Elle joue sur scène plutôt que sur écran et travaille pour Publicolor un organisme à but non-lucratif qui redonne de la joie dans les écoles publiques New-Yorkaises. Mais surtout, elle écrit. Et elle écrit bien en plus! J’ai découvert sa page complètement par hasard, j’avais moi-même presque oublié que cette actrice existait. Quand j’ai vu ce qu’elle faisait maintenant de sa vie, je me suis dit qu’il fallait que j’en parle. Quand on regarde les potins américains, on voit beaucoup d’enfants-vedettes qui ont très mal tourné. Alors voici un exemple du parfait contraire! Parlez-moi d’une fille qui a le contrôle sur sa vie et qui ne s’est pas enflé la tête! On n’en entend pas beaucoup parler de ceux-là, mais pourtant on devrait. Mara a d’ailleurs écrit un article sur les raisons pour lesquelles un enfant-vedette peut mal tourner en parlant de sa propre expérience. Bref, si vous êtes à l’aise avec l’anglais, ça vaut la peine d’aller jeter un petit coup d’œil sur son blog, très justement intitulé Mara Wilson writes stuff.

Mara Wilson aujourd’hui (source: marawilsonwritesstuff.com)

La maladie sur le net

Ça fait déjà quelques temps que c’est arrivé, en fait au début de 2012. Ça m’avait quand même un peu choquée sur le coup, mais seulement maintenant, j’ai envie d’en parler. Grâce au blog d’une dessinatrice que je suis depuis plusieurs années, j’étais devenue une adepte du blog gligli et moi. Un site touchant et rempli de joie de vivre de Mélodie, une jeune femme exactement de mon âge atteinte d’un cancer cérébral. Très exactement d’un glioblastome (d’où le nom du blog). Mélodie avait beaucoup d’humour et une volonté de vivre exceptionnelle, bien qu’elle se savait condamnée. Peu importe ce qui se passait dans sa vie, elle y voyait toujours le bon côté. Mais voilà, après un message très positif en janvier 2012 où elle revenait d’un test médical encourageant, elle ne donnait plus de nouvelles. Et finalement, en mars, on apprend sa mort, son cancer ayant crû d’une manière fulgurante. J’ai été très triste d’apprendre cette nouvelle; chaque décès est un drame et lui, évidemment, ne fait pas exception. Mais je m’étais attachée à elle et, selon ce qu’on peut lire dans les commentaires suivant l’annonce de son décès, je n’étais pas la seule. Même si très peu d’entre nous l’avait rencontrée.

Après le choc, j’ai soudainement pris  conscience d’un nouveau type de possibilités qu’Internet pouvait offrir. Mélodie utilisait ce blog pour raconter ses angoisses liées à la maladie, des anecdotes, des moments heureux, ou juste des petites choses du quotidien. Pour elle, c’était libérateur et elle espérait que ce soit une source d’information pour nous, son public. Mais son blog est devenu plus que ça. C’est un véritable raz-de-marée de sympathie, d’encouragement, d’amitié, de support qu’elle a reçu grâce à cela. Certains de ses lecteurs l’ont même aidée à réaliser des rêves qu’elle avait énumérés dans sa liste « à faire avant de mourir ».

Mélodie vue par la dessinatrice Laurel. © Laurel (bloglaurel.com)

Et ça peut même aller plus loin que ça. Benoît Bisson, atteint d’un cancer des reins, avait lui aussi son blog où il témoignait de son combat. Il est malheureusement décédé le 3 avril 2013, mais toujours aujourd’hui, sa conjointe Isabelle utilise le même blog pour témoigner de l’après. D’autres épreuves, d’autres deuils et d’autres moments de la vie dont il faut profiter. Elle parle de cancer, de médecine, mais aussi de droit des patients. Un autre point de vue très intéressant.

Intéressée par ce phénomène, je me suis mis à découvrir ainsi des blogs de gens aux prises avec une maladie grave. La plupart ont tous un point en commun : ils voient la vie sous un jour beaucoup plus positif que la majorité d’entre nous! Ce n’est jamais déprimant, jamais englué dans le pathos ce qui n’empêche pas des moments d’inquiétude et de désespoir toujours très justifiés. C’est quand même toute une épreuve qu’ils vivent et personne n’est Superman. Mais la plupart du temps ils restent toujours accroché aux petites joies et surtout, remplis d’espoir et d’amour pour la vie et ils réussissent souvent à nous émouvoir. Ces personnes ont toujours une magnifique plume et sont tellement agréables à lire. Ça fait du bien, même quand on est santé. Et surtout, on comprend la maladie et ce que ça implique dans les moindres petits détails.

En tout cas, c’est ce que je ressens en parcourant ces sites.

On peut maintenant exprimer son combat. On peut le partager avec le monde entier et trouver de l’aide et du support inespéré. On peut faire sortir la souffrance de notre esprit qu’elle parasite… Et je sais par expérience que c’est souvent beaucoup facile de le faire par écrit que par la parole. On peut aussi par la même occasion faire du bien à des personnes aux prises avec la même maladie en donnant des conseils ou tout simplement en leur disant : « Tu n’es pas seul ». Et ça, c’est un pouvoir d’Internet qu’on ne peut pas négliger.

Quelques liens que j’ai découvert :

Blogue c-lavie: http://blogue.c-lavie.com/

Soleil en tête: http://soleilentete.canalblog.com/

Fight like Maude : http://fightlikemaude.com/

Chroniques d’une condamnée : http://essieudevelours.canalblog.com/ (un peu plus sombre que les autres et qui verse un peu dans l’humour noir)

Pour Mélodie… :

(Merci à V.C. pour la musique)