Archives Mensuelles: juin 2012

Idée lecture: les pires décisions de l’histoire

Les pires décisions de l’histoire (et les gens qui les ont prises)
Par Stephen Weir; éditions Trécarré; 2010 (2011 pour l’édition française); 256 pages

Le titre parle de lui-même. L’histoire plus ou moins éloignée regorge d’erreurs et de décisions aux conséquences graves. C’est à nous de s’en souvenir pour éviter de les répéter, ce qu’on fait rarement. Cet ouvrage écrit par un diplômé de Cambridge compile quelques unes de ces « décisions idiotes qui ont coûté très cher en vies et en moyens financiers, entraînant parfois la chute de dynasties ou la mort de certains pays. » (page 9)

Ainsi, certaines de ces décisions n’ont tué personne directement, mais ont tout de même eu un impact considérable. Prenons par exemple le scandale d’Enron qui a causé la perte de millions de dollars et des milliers de personnes ont perdu tout l’argent de leur retraite.

Le livre présente 50 « pires décisions de l’histoire » très variées allant d’une avalanche déclanchée par Hannibal au scandale d’Enron en passant par la bataille de la Somme et la recherche du prêtre Jean. La dernière en date est la négligence dans la prévention des tsunamis en Asie qui a causé en 2004 les dégâts dont on se souvient. Des milliers de vies auraient pu être sauvée avec des appareils de détections adéquats.

Le premier événement décrit est par contre un peu inutile: Adam et Ève. C’est présenté d’une manière plutôt ludique et sans se prendre au sérieux en le comparant avec d’autres légendes du même type comme celle de Prométhée, mais je ne vois pas vraiment sa place dans le livre. Par contre, ça colle tout à fait au titre, ça on ne peut pas dire le contraire!

Dans tous les cas, l’écriture est très accessible et claire. L’auteur parvient à expliquer des situations parfois très complexes (comme le déclenchement de la première guerre mondiale) de manière concise et limpide. C’est bien sûr décrit en surface, mais ce qui est intéressant, c’est de voir les causes directes de ces décisions précises.

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Le tout est assez bien illustré avec des cartes, des portraits, des schémas. Comme ce n’est pas un ouvrage continu, ça se lit épisodiquement et ça se garde très bien dans la bibliothèque pour être consulter une fois de temps en temps. Le ton utilisé n’est pas trop didactique et il cherche plus à nous informer qu’à nous enseigner quelque chose et c’est une des raisons qui font que c’est un livre très facile à lire.

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Chaque événement est présenté de la même manière. Sur une page, on lit le nom que Stephen Weir a donné à la décision avec les dates, le coupable, les conséquences et la raison pour laquelle cette décision a été prise. On voit aussi la motivation d’une telle action (orgueil, colère, foi, espoir). Les décisions qui ont mené à la catastrophe de Tchernobyl, par exemple, ont été motivées par de la paresse. Ce ne sont pas que des motivations négatives, car certaines décisions ont été prises avec idiotie certes, mais en partant de bonnes intentions. La décision avec ses tenants et aboutissants est ensuite racontée  en quelques pages.

On peut être d’accord ou non avec les choix faits par l’auteur. Selon l’opinion de chacun, certains événements peuvent sembler avoir plus ou moins leur place et d’autres brillent par leur absence. L’Histoire a trop de mauvaises décisions à ne pas répéter pour toutes les nommer dans les pages d’un seul ouvrage. Je crois que Stephen Weir voulait ratisser le plus large possible en touchant les empires, les dictatures, l’économie, l’exploration spatiale, les phénomènes de société, etc. Peut-être pourrait-il faire un tome 2 pour compiler les oubliés?

Une décision qui aurait eu sa place à mon avis, c’est le rejet de toute la technologie romaine au Moyen-Âge, en particulier les aqueducs et les égouts. C’est quand même l’absence de ces infrastructures et de l’hygiène en général qui a causé la plupart des grandes épidémies dévastatrices de cette époque, entre autre la peste noire.

Malgré ses quelques défauts, dont ceux liés à la traduction notamment, c’est le genre de livre dont on a besoin pour avoir avoir un regard éclairé sur les événements présents. L’humain est très doué pour répéter ses erreurs siècle après siècle. Il n’en tient qu’à nous à ne pas le faire et le seul moyen d’y parvenir, c’est de connaître le passé.

Selon vous, quelle est l’erreur monumentale des derniers 3000 ans à ne pas répéter?

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La presse féminine: entre tradition et modernisme

La presse féminine est extrêmement révélatrice de l’époque qu’elle représente. En effet, au fil des ans, les différentes publications sont le reflet de l’évolution de l’image de la femme et de sa place dans la société. Il existe même des études sur le sujet qui se penchent autant sur le côté féministe que social de ce type de presse. Petit survol de leur évolution.

Les premières revues féminines québécoises au début du XXe siècle étaient centrées sur les devoirs de la femme, autrement dit son rôle de mère, d’épouse et de ménagère. Elles portaient des titres comme le Coin du feu, le Foyer ou bien Pour vous Mesdames. Très rapidement, les revues féminines deviennent un vecteur important de la cause féministe en offrant une parole au femmes. On peut en voir les premier balbutiements dans les pages féminines de La revue moderne au tournant des années 1920 qui parlent de plus en plus des droits des femmes et de leur place dans la société. Mais c’est encore très discret.

C’est dans les années 60 que les choses changent vraiment avec une importante rupture idéologique.
La révolution tranquille bat son plein et on voit son effet. Ça commence avec l’arrivée de Châtelaine
en octobre 1960. Dès le premier numéro, le ton est donné: c’est un magazine axé sur l’enrichissement
culturel. On parle d’économie, de politique, d’enjeux sociaux et de la place de la femme dans la vie
sociale. Par contre, nous restons dans les années 60 et le discours tourne encore parfois autour du fait
que c’est la femme qui reste à la maison et s’occupe des enfants, mais le propos est moderne en parlant
par exemple de planning familial ou du marché du travail.

À la fin des années 70, un autre type de presse prend de l’ampleur: les publications contestataires. Les
exemples les plus célèbres sont la Gazette des femmes et La vie en rose, mais il y en a eu un nombre
important dont certaines ont des noms plutôt évocateurs comme Québécoises deboutte! ou Les têtes de pioche. Souvent radicalement féministes, la plupart de ces revues ne passent pas le cap des années 1990, alors que le féminisme connait une baisse de vitesse.

Les revues commerciales n’y échappent pas non plus d’ailleurs. Les conseils pratiques prennent dans la dernière décennie de plus en plus de place au détriment des articles informatifs. Par contre, le nombre de titres offerts ne diminue pas. Entre 1962 et 1987, 76 nouvelles publications apparaissent sur le marché.

Aujourd’hui: choc des générations

L’édition 2011 du Guide médias d’Infopresse dénombre 21 publications s’adressant spécifiquement
à un public féminin. Aujourd’hui, la presse féminine n’a jamais été autant multidimensionnelle et
diversifiée. En effet, toutes les tranches d’âge ont maintenant un magazine: les jeunes femmes, les
adolescentes, les plus âgées. Le contenu est différent selon le public cible, axant sur l’apparence et la
consommation pour les plus jeunes et sur les textes informatifs pour les plus âgées. Cette grande variété dans la presse féminine est peut-être un signe que la femme est plus plurielle que jamais. Par contre, les chercheurs se posent la question si cette presse rempli encore le même rôle qu’elle avait à ses débuts, soit d’être un moyen d’expression et d’information.

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Article paru dans le Reporter Volume XIII, numéro 1, publié en novembre 2011

Le bon vieux temps…

Je suis foncièrement nostalgique et jusqu’à dernièrement, je croyais que c’était un défaut. J’étais persuadée que ce n’est pas une bonne chose de rester dans le passé, qu’il fallait regarder vers l’avant! Mais je n’y peux rien, j’aime repenser au passé. Je suis nostalgique de la vie avant que l’informatique ne prenne toute la place, mais aussi de ce qui faisait partie de notre culture. J’ai la nostalgie de ces moments, des émissions jeunesses qu’on avait, de la musique tellement meilleure, de la vie qui semblait bien moins compliquée… C’est simple, tout était meilleur dans le bon vieux temps! Il y avait la guerre du golfe, une crise en URSS, une récession, mais on s’en fiche: c’était meilleur! En tout cas, c’est l’impression qu’on a n’est-ce pas ? Car, je ne suis pas la seule à penser ainsi, même que c’est la mode. Le web, entre autres, semble être un nid de nostalgiques chroniques comme moi.

On voit apparaître un peu partout la « nostalgie médiatique », c’est-à-dire un retour à ce qui était dans nos télés, nos postes de radio et sur les grands écrans il y a quelques décénies.

Le Joueur du Grenier, une vedette du Retro-Gaming en France.

Il y a tout d’abord le Retro-Gaming, critiquer les anciens jeux vidéos (la plupart du temps mauvais) de l’Atari 2600 au premier Playstation. On en trouve pratiquement partout sur le web. Tout le monde semble vouloir ressortir son vieux Nintendo et sa collections de cassetttes.  Il y a ensuite la renaissances d’anciennes franchises de télé ou de cinéma. Les exemples abondent, mais les derniers sont la suite des Mystérieuses Cités d’Or et de Dallas. La présence de chaînes comme Télétoon Rétro et Prise 2 parle aussi beaucoup. Il y a aussi les reprises musicales qui sont de plus en plus nombreuses. Il y a même une catégorie « reprises » au gala de l’ADISQ maintenant, ce n’est pas rien! Encore ici, les exemple sont très nombreux et ils commencent avec l’album de reprises 70’s de Sylvain Cossette. Cette épidémie de nostalgie n’est pas le cas de tout le monde, évidemment. Comme c’est un phénomène très présent sur le Net, on a toutefois l’impression qu’il prend énormément de place.

Bref, on commence de plus en plus jeune à dire « c’était mieux dans mon temps ». Le bon vieux temps, maintenant, ce sont les années 80. Et je trouve que ça suscite la réflexion.

Car, on ne parle pas seulement de réécouter des films ou de la musique passée, ce qui est tout à fait normal (il faut connaître ses classiques, après tout). Le discours est clair et  maintenant tenu par les jeunes autour de 30 ans: c’était mieux avant. On critique des choses sorties il y a plus de 25 ans, on s’habille comme dans les années 60, on rechante plus que de raison des chansons que nos parents et nous-même plus jeunes écoutions…

En soi, il n’y aucun problème, mais si ça devient un phénomène de société, il y a de quoi se poser des questions… Je me demande si ça ne traduit pas une certaine fatigue de notre époque. On dit souvent que nous vivons dans une ère de stress et de performance. Est-ce que se remettre dans le bain des années passées est une manière de se réconforter? Je me demande si il n’y a pas un rejet de certains aspects de notre époque, un découragement. Doit-on y voir un signe que notre époque n’offre rien d’encourageant et qu’on a perdu le goût de regarder vers l’avenir? Une autre questions plus inquiétante se pose aussi: avons-nous si peu confiance en ce que nous sommes capable d’accomplir que nous devons sans cesse nous reposer sur des choses qui existent déjà?

Aussi, je suis la première à trouver que tout est allé très vite ces dernières années technologiquement et culturellement; certains d’entre nous ont peut-être besoin de se centrer sur quelque chose de connu pour absorber tout cela ce qui n’est pas une mauvaise chose si ça nous permet de mieux avancer.

Pour les vrais nostalgiques, on peut même couvrir son iPod ou iPhone d’un étui à motif de manette de NES ou de cassette audio.

Je me pose des questions, mais je n’ai pas les réponses. Un sociologue y verrait sans doute plus clair que moi et me dirait que j’invente des problèmes où il n’y en pas.

N’oublions pas, je suis moi-même une nostalgique maladive et je serai sans faute devant mon écran à regarder la nouvelles mouture des Cités d’Or. Par contre, je reste malgré tout réaliste. C’est triste, mais on ne peut pas revenir en arrière. Rien ne nous empêche de faire découvrir à nos enfants nos perles du passé en plus de ce qu’ils connaissent déjà. Mais j’espère en même temps que des éléments culturels tout à fait originaux et d’une grande qualité feront partie des années 2010 pour que la prochaine génération puisse dire à son tour dans quelques décénies: «comme c’était bien dans notre bon vieux temps!»