Archives Mensuelles: avril 2012

Idée lecture: S.O.S. Bonheur

J’ai décidé de partager quelques idées de lectures qui font réfléchir, reliées de près ou de loin à l’actualité ou aux enjeux du moment. Étant une grande fan du 9e art, voici pour débuter une bande dessinée dans ce qu’il y a de plus classique que j’ai bien aimé.

S.O.S. Bohneur – Scénario de Van Hamme;dessin de Griffo – éditions Dupuis (collection Aire libre) 1988-1989 et 2005 pour l’édition intégrale.

Nous sommes dans un futur rapproché dans une ville occidentale bien ordinaire.  En tout cas, c’est que j’ai cru comprendre, mais cet aspect n’est pas bien important. Tout semble normal à première vue, mais on se rend rapidement compte qu’un contrôle extrème règne dans ce monde. Et ce contrôle est fait au nom du « bonheur » de la population. La santé est légiférée rendant les contrôles de santé et les séances d’entraînement obligatoires sous peine d’amende et l’alimentation est surveillée au gramme près. Ceux qui ont le privilège de pouvoir écrire ne peuvent imaginer que des histoires joyeuses pour ne pas miner le moral de la population. Les vacances sont organisées au maximum et on y est obligés d’avoir du plaisir sans rien décider. L’autorité est froide et n’a aucune pitié pour ceux qui veulent contrevenir à ce bonheur organisé. Certaines personnes en ont marre et préfèrent « disparaître » plutôt que de vivre une vie toute tracée d’avance.

Le livre est divisé en plusieurs chapitres qui illustrent différents aspects de cette vie hyper contrôlée: les vacances nationales, la carte universelle, le contrôle des naissances, le contrôle de la santé, l’écrivain public… Le point de départ est le récit angoissant d’un homme qui cherche à savoir ce que fait exactement l’entreprise pour laquelle il travaille. Il disparaitra finalement au 16e étage. Cette introduction est directement inspiré du vécu d’un homme que le scénariste a rencontré, la disparition en moins, bien entendu.

J’ai lu pour la première fois S.O.S. Bonheur dans le journal de Spirou qui en assurait la prépublication. Je n’avais pas compris grand chose à l’époque, mais j’aimais bien parce que même si ça allait très mal, il y avait toujours une petite lueur d’espoir à la fin des chapitres. Plus tard, lorsque je l’ai découvert en album, j’ai pu l’apprécier encore plus. Le populaire Van Hamme a construit un scénario solide tout en crescendos qui était d’ailleurs destiné à la télévision au départ. Le dessin réaliste de Griffo se prête très bien à l’histoire et, personnellement, j’adore ses décors urbains et ses atmosphères. Malgré l’histoire plus ou moins joyeuse, ça se lit très bien.

Ce récit d’anticipation marque surtout par son propos. Premièrement, il ne finit pas totalement bien et il donne une grande ouverture pour laisser le lecteur imaginer la suite et faire sa propre interprétation. De plus, on ne peut pas s’empêcher de voir des similitudes avec notre vie actuelle. Heureusement,nous ne subissons pas pour la plupart un contrôle aussi contraignant, mais certaines des situation décrites auraient pu se produire si on avait évolué un peu différemment. Et certaines sont carrément devenue réelles. Je ne veux pas en dire plus, pour laisser le plaisir de la découverte.

On peut y voir une certaine peur pesante caractéristique des années 80. C’est plus rare aujourd’hui; nos récits d’anticipation sont dorénavant plus « catastrophes naturelles » que sociaux. Je crois que ça peut faire du bien de se replonger dans ce genre d’histoire, et pas seulement pour créer une réflexion par rapport à notre société. Nous sommes dans une période de révoltes, les populations du globe grouillent de plus en plus. Un livre comme celui-ci ne peut pas être plus à propos que maintenant. Surtout que la question que l’auteur pose en filigrane à la toute fin est intemporelle et toujours source de réflexion: « qu’est-ce que c’est la liberté, finalement? »

(copyright: Griffo/Van Hamme, éditions Dupuis, 2005)

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