Le casse-tête belge

“À toi notre sang, ô Patrie Nous le jurons, tous, tu vivras. Tu vivras, toujours grande et belle, et ton invincible unité aura pour devise immortelle: Le Roi, la Loi, la Liberté.” C’est ainsi que se conclut le refrain de la Brabançonne, l’hymne national Belge. Un refrain bien optimiste, car l’unité, la Belgique l’a très rarement connue. C’est encore plus vrai depuis les derniers mois. Lors des dernières élections législatives le 13 juin 2010, la Nieuw-Vlaamse Alliantie, alliance néo-flamande en français (ou N-VA), le parti séparatiste flamand, a remporté 29 % des voix. Ce résultat ne donne pas la majorité absolue, mais il semble montrer une certaine réalité dans un pays qui a été secoué dernièrement par une crise politique. En effet, rien ne va plus entre Flamands et Wallons, les deux principales communautés linguistiques du pays. Les parties ne s’entendent pas et la situation se dégrade de plus en plus. En fait, ça va si mal que le président Yves Leterme a présenté sa démission au roi Albert II en avril dernier, déclenchant ainsi les élections de juin.

La Belgique est un pays complexe, en grande partie à cause de son contexte linguistique. Il y a officiellement trois langues officielles dans le pays : le français, le néerlandais et l’allemand (parlé par une petite minorité). Ces langues sont réparties en trois régions : les germanophones et les francophones occupent la Wallonie au sud et les néerlandophones, la Flandre au nord. La troisième région, Bruxelles-capitale, enclavée en Flandre, est officiellement bilingue, mais les habitants y parlent majoritairement le français. Depuis la création du pays en 1830, les Flamands néerlandophones et les Wallons francophones ont des frictions. Deux cultures historiquement opposées qui évoluent au sein du même territoire amène inévitablement des disputes. On en a eu encore la preuve l’été dernier.

On peut reculer très loin dans le temps pour comprendre plus clairement la situation. On peut aller jusqu’au début du Moyen-âge. Et la Belgique a vu le spectre de la séparation surgir à plusieurs moments du côté des francophones comme du côté des néerlandophones. Le pays s’en est toujours relevé, sans jamais avoir totalement anéanti le problème. Mais depuis plusieurs années déjà, la Flandre laisse entrevoir son désir de se séparer. On se rappellera du canular de la RTBF fait en 2007 qui laissait croire à l’indépendance de la Flandre. Cette réalité est d’actualité depuis un bon moment déjà. Mais avec la victoire du N-VA, elle vient de prendre un nouveau tournant.

La politique au cœur du conflit

Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles dit ceci à propos de l’électorat belge : « conjoncturellement, il y a toujours des élections polarisées ou des scrutins qui cristallisent des changements à l’œuvre depuis plusieurs années. Ces élections traduisent alors, dans la sphère électorale et politique, un état de fait au plan social. » Autrement dit, ce qui se passe au Parlement serait un reflet de ce qui se passe dans la société.

Les partis politiques au pouvoir aux parlements fédéral, wallon et flamand pourraient-ils donc expliquer ce qui se passe présentement en Belgique, un pays où le vote est obligatoire, en reflétant l’opinion et l’état de la population générale?

Opposition

Il y a une différence notable entre les visions politiques des deux régions. Depuis quelques décennies, on présente la Wallonie comme étant de gauche. D’ailleurs, le parti ayant la plus grande majorité actuellement est le parti socialiste (PS). Le Mouvement Réformateur (MR) a pris par contre un peu plus de terrain lors des dernières élections. Le MR pourrait être considéré un peu plus à droite comparé aux autres partis de la chambre, mais il se décrit comme étant au centre.

La Flandre, au contraire, est tout à fait à droite. Le Vlaams Belang, qui possède une bonne partie des sièges au Parlement flamand, est considéré comme étant d’extrême droite. On l’a même déjà accusé de racisme à ses début, tant ses membres jugeaient durement les francophones. Mais lors des dernières élections, le Socialistische Partij Anders (sp.a) le parti socialiste flamand a remonté légèrement tandis que le parti chrétien, le Christen-Democratisch en Vlaams (CD-V) est en baisse bien qu’il soit toujours le parti au pouvoir.

Évidemment, la grosse surprise fut la rentrée du N-VA. Pourtant, le Vlaams Belang, qui a pendant quelques temps été le deuxième parti du Parlement flamand, était clairement nationaliste. Mais il n’est jamais arrivé premier et, s’il était le reflet d’une grogne bien existante en Flandre, il n’était pas celui de la majorité. L’arrivée en première place du V-VA est un changement radical, d’autant plus qu’il s’agit d’un parti relativement récent (il a été fondé en 2001). Et le fait que deux partis clairement séparatistes occupent un grand nombre de sièges au Parlement est aussi un fait notable. La crise politique qui a précédé les élections était bien réelle, et il est très possible qu’un ras-le-bol collectif ait eu lieu et que la population ait espéré qu’une solution radicale pouvait enfin y mettre un terme.

La sortie des Socialistes

Le séparatisme en Wallonie n’existe à peu près pas dans l’histoire politique récente et le PS ne fait pas exception. Il déplore la division des États, ce qui laisse entendre qu’il est contre toute division, même si la Flandre n’est pas nommée explicitement. Mais récemment les dirigeants du PS, menés par leur chef Elio Di Rupo, ont fait une sortie qui a fait grand bruit en disant qu’il fallait s’attendre à la fin de la Belgique et qu’il s’agissait d’un « scénario imaginable ».

Par contre, contrairement à ce qu’on pourrait penser, le N-VA n’est pas particulièrement d’accord avec les dirigeants du PS. Le président du parti flamand dit ne pas comprendre leur logique étant donné que cette position semble contradictoire avec leur vision, amenant un nouveau sujet de discorde entre les partis.

Peu importe ce qui a mené réellement le PS a avoir ce constat, c’est la preuve que les choses bougent à Bruxelles. D’ailleurs, M. Di Rupo avait remis sa démission au roi Albert II au mois de septembre 2010, démission que le roi a refusée. Mais qu’en est-il de la population? Lorsque la majorité des francophones avait voté pour le PS aux dernières élections, ils avaient voté pour un parti fédéraliste qui était pour l’unité de la Belgique, et non pour un parti qui ne voit pas de solution pour résoudre la crise et qui convient que la séparation peut être inévitable.

Et pour la suite?

La crise est loin d’être terminée comme le démontrent les mésententes qui se multiplient au Parlement, notamment, encore une fois, sur la question de la langue. Le nouveau gouvernement n’est en place que depuis quatre mois, il est donc encore un peu tôt pour présumer de la suite des choses. D’autant plus que les choses bougent beaucoup et on peut s’attendre à n’importe quel revirement. Les différents partis sont encore loin d’une entente sur plusieurs beaucoup de points. La question de Bruxelles, qui a été écartée ici, car elle est un problème presque insolvable en elle-même, divise toujours autant. De plus, l’économie wallonne s’est beaucoup affaiblie ses dernières années alors que du côté flamand, les affaires vont plutôt bien, ce qui donne encore plus envie, sans doute, aux Flamands de s’affirmer. Et c’est ce que semble prouver la montée du N-VA. Celle-ci, ainsi que le comportement politique général, serait la preuve, selon la logique de Delwit, qu’un mouvement de changement social existe bel et bien en Belgique.

-30-

*note* Cette analyse a été rédigée lors d’un cours en automne 2010. La situation a un peu évolué depuis, mais la situation est restée sensiblement la même. Il n’y a toujours pas de gouvernement en Belgique et aucune solution n’a encore été trouvée pour remédier à la situation.

Publicités

Publié le 24 août 2011, dans Portfolio, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :